Ceci est un vrai coup de gueule. Cette semaine, j’ai répondu à une interview sur la douceur. La journaliste voulait définir l’importance qu’elle avait dans notre société si fragilisée. Au fil de la conversation, malgré mes explications, elle revenait sans cesse à la même idée : « Mais est-ce qu’être doux, ce n’est pas risqué de se faire avoir ? », « Est-ce qu’être doux, c’est pas aussi parfois tendre l’autre joue ? »…etc. En l’écoutant, j’ai ressenti une vraie forme d’agacement. J’ai repensé à toutes les fois où on nous a demandé si les enfants de nos écoles n’étaient pas trop choyés, à toutes les fois où des auteurs ont stigmatisé la bienveillance dans les entreprises, à toutes les personnes capables d’expliquer que la douceur est suspecte, mièvre, dangereuse, intrusive, et qu’il est préférable de l’abandonner au profit de l’autorité. Alors ce matin, je me demande à quoi ressemblerait notre société si, au lieu d’être sans cesse obsédée par le risque de « trop de gentillesse », de « trop de douceur », de « trop d’amour », elle se questionnait avec un peu plus de sérieux sur la férocité qui s’immisce partout. Si au lieu de craindre les dérives de bienveillance, elle se penchait réellement sur les ravages de la violence, de l’agressivité, de l’humiliation. Combien d’individus broyés par des parents absents, abusifs, humiliants ? Combien de salariés écrasés par un système qui oppresse et dénigre ? Combien d’hommes et de femmes qui, ici, tentent de réparer, depuis des années les stigmates que leur ont laissé des liens insécurisants et arides ? Avant de redouter qu’on soit trop protégé, réalisons déjà l’agressivité qui nous ronge et la violence qui détruit chaque parcelle de notre vivre-ensemble. Et surtout, comprenons une bonne fois pour toute que la douceur n’est pas une niaiserie dangereuse, mais une puissance infinie qui demande du courage, de l’alignement et qui demande surtout, de sortir des rapports de pouvoir et de comptabilité. Être doux n’est pas être au chevet de l’autre, c’est être en lien à lui, c’est inventer l’espace d’une humanité. Nous n’avons pas le luxe d’en avoir trop à revendre. Je vous souhaite d’avoir le courage de la douceur. #Bonjour