Comment la crise du logement est devenue le visage de la pauvreté.
Elle a été retrouvée inerte sur un carton dans les rues de Carpentras (Vaucluse), emmitouflée dans une dizaine de couvertures. Élisabeth, la soixantaine, est morte de froid au début du mois de janvier.
À son enterrement, le maire de la ville lui a rendu hommage et a déploré le nombre de places manquantes en centre d’hébergement d’urgence. Car Élisabeth vivait dans la rue depuis plusieurs années et, comme de nombreux autres SDF, elle n’a pas survécu à la vague de froid qui s’est abattue sur la France en ce début d’année.
Un fait divers qui n’en est pas un, puisqu’il s’inscrit dans le cadre de la grave crise du logement que traverse le pays depuis plusieurs années. En 2022, le collectif Les Morts de la rue a recensé 611 décès de personnes sans abri en France, dont cinq enfants de moins de 5 ans. Dans la 11e édition de son rapport, le collectif décrit une mortalité massive et précoce des personnes « sans chez-soi ». Si Emmanuel Macron avait assuré en 2017 qu’il ne voulait plus « d’ici la fin de l’année » de personnes sans logement, c’est loupé ! Depuis cette vaine promesse, le nombre de SDF a quasiment doublé en France. Aujourd’hui, il y en aurait au moins 330 000 selon la Fondation Abbé Pierre, soit 30 000 de plus que l’année précédente.
Aux origines de cette situation dramatique : une crise du logement profonde et durable. La crise de 2008 avait fait exploser les inégalités d’accès au logement et, depuis, c’est une longue descente aux enfers. À tel point qu’en 2019, l’ONU a déclaré la France coupable de « violations des droits humains » dans sa gestion des sans-abri. Si les SDF sont le visage le plus tragique de cet accès de plus en plus limité au logement, plus de 4 millions de personnes sont mal logées en France selon la Fondation Abbé-Pierre. Près d’un million de personnes habitent dans des logements en surpeuplement et 3,5 millions ont froid en hiver faute de pouvoir chauffer leur habitat.
En 2021, 786 000 coupures d’énergie ou réductions de puissance ont été effectuées pour cause d’impayés (soit 22 % de plus en deux ans), et plus d’un million de personnes sont aujourd’hui en situation de loyer impayé.
Au total, si on compte toutes les personnes qui vivent dans des habitats en surpeuplement, les propriétaires qui habitent dans des logements dont ils ne peuvent plus payer les charges et les personnes pour qui le coût du logement est si élevé qu’il ne leur reste plus assez d’argent à la fin du mois pour subvenir à leurs besoins, la Fondation estime à 15 millions le nombre de personnes touchées par la crise du logement – un record historique.
En France, cette crise est sûrement l’un des plus gros enjeux sociaux de notre époque, et pourtant, on la connaît si mal quand on ne la vit pas.
La suite de cet article que j'ai écrit pour le magazine Socialter est à retrouver ici : https://lnkd.in/e9B-zUV3